世界文学全集のためのメモ 3 『愛、ファンタジア』 アシア・ジェバール

フランス語編 2

Assia Djebar
アシア・ジェバール
1936-2015

L’Amour, la fantasia
『愛、ファンタジア』
1985

日本語訳
『愛、ファンタジア』石川清子訳、みすず書房、2011年

Il faut partir, l’odeur est trop forte. Le souvenir, comment s’en débarrasser ? Les corps exposés au soleil ; les voici devenus mots. Les mots voyagent. Mots, entre autres, du rapport trop long de Pélissier ; parvenus à Paris et lus en séance parlementaire, ils déclenchent la polémique : insultes de l’opposition, gêne du gouvernement, rage des bellicistes, honte éparpillée dans Paris où germent les prodromes de la révolution de 48…

Canrobert, lieutenant-colonel en garnison dans ce même Dahra, livrera son jugement plus tart :

« Pélissier n’eut qu’un tort : comme il écrivait fort bien et qu’il le savait, il fit dans son rapport une description éloquente et réaliste, beaucoup trop réaliste, des souffrances des Arabes… »

Laisson là la controverse : le bruit à Paris autour des morts du rapport serait-il simple péripétie politique ? Pélissier, grâce à son écriture « trop réaliste », ressuscite soudain sous mes yeux les morts de cette nuit du 19 au 20 juin 45, dans les grottes des Ouled Riah.

Corps de la femme trouvée au-dessous de l’homme qui la protégeait du bœuf hurlant. Pélissier, pris par le remords, empêche cette mort de sécher au soleil, et ses mots, ceux d’un compte rendu de routine, préservent de l’oubli ces morts islamiques, frustrés des cérémonies rituelles. Un siècle de silence les a simplement congelés.

Asphyxiés du Dahra que les mots exposent, que la mémoire déterre. L’écriture du rapport de Pélissier, du témoignage dénonciateur de l’officier espagnol, de la lettre de l’anonyme troublé, cette écriture est devenue graphie de fer et d’acier inscrite contre les falaises de Nacmaria. (pp. 109-110) *1

 立ち去らねばならない。腐臭は強烈だから。だが、記憶はどのように追い払えよう。太陽にさらされた死人の身体。身体は言葉になる。そして言葉は移動する。とりわけ、ペリシエの長い報告書の言葉はパリに到達し、議会で読まれ、論戦を引き起こす。罵る野党、困惑する政府、激怒する好戦論者――パリ中に恥と不名誉がばらまかれ、四八年の革命〔七月王政を倒し第二共和政の道を開いた二月革命〕の兆しが芽生えようとしていた…

 同じダフラの駐屯部隊の中佐カンロベールは後にこう判断する。

 「ペリシエは間違いを犯した。名文家の彼自身よく知っているように、報告書に書かれたアラブ人の苦悶のさまは表現力豊かで、あまりにもリアルにすぎる…」

 論争は放っておこう。報告書の死者が引き起こしたパリでの騒ぎは、政局の変化だけだったろうか。ペリシエの「あまりにもリアル」な文のおかげで、四五年六月十九日から二〇日の夜にかけて、ウレド・リヤーフの洞窟の死者は、突然私の目の前で生き返る。

 女の身体のうえに男が覆いかぶさっている。男は、鳴き狂う牛から女を守ろうとした。ペリシエは良心の呵責ゆえに、この女の屍体を日にさらすことはしなかった。それを記す彼の言葉はいつもの報告書の文体だが、慣例の儀式の機会を奪われたイスラーム教徒の死者たちを忘却から守っている。一世紀の沈黙が死者たちを凍らせている。

 言葉があばき、記憶が掘り起こすダフラの窒息死した人たち。ペリシエの報告書、スペイン人士官の告発的証言、動揺した匿名兵士の手紙――これらの書きものは、ナクマリーヤの断崖を鉄とはがねで引っ搔いて書く文字となる。(pp. 102-103)

Mon premier émoi religieux remonte à plus loin : dans le village, trois ou quatre années de suite, le jour de la « fête du mouton » débute par la « complainte d’Abraham ».

Aubes d’hiver frileuses, où ma mère, levée plus tôt que d’habitude, allumait le poste de radio. Le programme arabe comportait invariablement, en l’honneur de la fête, le même disque : un ténor célèbre chantait une mélopée dont une dizaine de couplets mettait en scène Abraham et son fils.

Cette écoute, dont la régularité annuelle a scandé mon jeune âge, modela, je crois, en moi une sensibilité islamique.

Dans la pénombre de l’aurore, je me réveille sous la tendresse de la voix du chanteur, un ténor que Saint-Saëns finissant sa vie à Alger, avait encouragé, alors qu’il débutait comme muezzin. L’artiste, déroulant les couplets, interprétait tous les personnages : Abraham qui, dans un rêve lancinant ses nuits, voyait l’ange Gabriel exiger, au nom de Dieu, le sacrifice du fils ; l’épouse d’Abraham ignorant que son garçon, paré de sa djellaba de fête, était emmené à la mort ; Isaac lui-même qui avance dans la montagne avec innocence, étonné que le corbeau sur la branche lui parle de trépas…

Suspendue au drame biblique qui commençait, je ne sais pourquoi ce chant me plongeait dans une émotion si riche : la progression du récit à la fin miraculeuse, chaque personnage dont la parole rendait la présence immédiate, le poids de la fatalité et de son horreur qui pesait sur Abraham, contraint de voiler sa peine… Autant que la tristesse du timbre (mon corps, entre les draps, se recroquevillait davantage), la texture même du chant, sa diaprure me transportaient : termes rares, pudiques, palpitants d’images du dialecte arabe. Cette langue que le ténor savait rendre simple, frissonnait de gravité primitive.

La femme d’Abraham, Sarah, intervenait dans le couplet, comme ma mère, quand elle nous décrivait ses joies ou ses craintes, ses pressentiments. Abraham aurait pu être mon père, qui, lui, ne parlait jamais pour livrer son émotion, mais qui, me semblait-il, aurait pu… L’émoi me saisissait aussi devant la soumission du fils ; sa vénération, sa délicatesse dans le poids de la peine et cette perfection même me plongeaient dans un autre âge, à la fois plus naïf et plus grand :

 

« Puisque tu devais me tuer, ô mon père,
Pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
J’aurais pu étreindre ma mère
à satiété !…
Prends garde, en te baissant pour me sacrifier,
de ne pas tacher, de mon sang, le pan de ta toge !
Ma mère, quand tu lui reviendras, risquerait
de comprendre trop vite ! »

 

J’aimais la fraîcheur du chant d’Isaac qui déroulait en strophes lentes la dramaturgie du récit. Palpitation de cette musique…

A la même époque, le récit d’une tante qui débitait en multiples variations une biographie du Prophète, me rapprocha de cette émotion…

Le Prophète, au début de ses visions, revenait de la grotte tellement troublé qu’il « en pleurait », affirmait-elle, troublée elle-même. Lalla Khadidja, son épouse, pour le réconforter, le mettait « sur ses genoux », précisait la tante, comme si elle y avait assisté. Ainsi, concluait-elle toujours de la même manière, la première des musulmanes et des musulmans était une femme, peut-être même avant le Prophète lui-même, qu’Allah l’ait en sa sauvegarde ! Une femme avait adhéré à la foi islamique, historiquement la première, « par amour conjugal », affirmait ma parente.

D’une voix triomphante elle faisait revivre maintes fois cette scène ; j’avais dix, onze ans peut-être. Auditrice réticente soudain, car je n’avais vu de manifestation d’amour conjugal que dans la société européenne :

— Est-ce donc cela un Prophète ? m’offusquais-je. Un homme que sa femme met sur ses genoux ?

La tante avait un sourire discrètement attendri… Des années plus tard, je m’attendris à mon tour : pour un autre détail qu’elle rapportait. Bien après la mort de Khadidja, Mohamed ne pouvait dominer son trouble en une circonstance particulière : quand la sœur de sa femme morte approchait de la tente, le Prophète, bouleversé, disait que la sœur avait le même bruit de pas que la défunte. A ce son qui ressuscitait Khadidja, le Prophète se retenait mal de pleurer…

L’évocation de ce bruit de sandales me donne-rait par bouffées un désir d’Islam. Y entrer comme en amour, un bruissement griffant le cœur : avec ferveur et tous les risques du blasphème. (pp. 241-243)

 私が初めて宗教的感情を経験したのはずっと前に遡る。村にいた頃、三、四年続けて「羊の祭」が「アブラハムの哀歌」で始まったことがある。

 冬の寒い夜明け、いつもより早く起きた母がラジオをつける。アラビア語の番組は祭日を記念して、変わることなく同じ曲をかけていた。名高いテノール歌手が十番ほどもあるアブラハムとその息子の物語の歌を歌う。

 少女時代、毎年この曲を聴くことでイスラームに対する感性が培われていったのだと思う。

 夜明けの薄明りのなか、歌手の甘い声で目が覚める。そのテノール歌手は礼拝呼びかけ人ムアッジンを始めた頃、アルジェで生涯を終えようとしていたサン゠サーンスに見出されて歌手になったという。歌の番ごとに、歌手は登場人物をすべて歌ってみせた。アブラハムは夜毎彼を悩ます夢を見るが、ある夢のなかで、天使ガブリエルが神の名において息子を犠牲に捧げよと命じる。アブラハムの妻は、祭り用のジェラバ〔広い袖とフード付きのゆったりした外衣〕を着た息子が死へと導かれるとはつゆとも知らない。イサクは無邪気に山道を行き、途中、木の枝のカラスに死を告げられてびっくりする…

 この聖書物語に私はじっと耳を傾け、この歌を聴くとなぜだか分からないが深い感動に浸されるのだった。物語が少しずつ進み、そして奇蹟による結末。まるで実在するかのようなそれぞれの人物の言葉。運命の重さと苦悩をひた隠さねばならないアブラハムにのしかかる恐怖… 悲しげな声の響き(私の身体はシーツのなかでよりいっそう縮こまった)、歌詞の筋立て、その多彩さに私はうっとりした。方言アラビア語のあまり使わない言い回し、控えめな言葉、光景が目に浮かぶような表現… テノール歌手がいとも簡素に歌うこの豊かな言語は、素朴な荘重さを響きわたらせていた。

 歌のところどころに登場して喜びや恐れ、悪い予感を語るアブラハムの妻サラは、さながら私の母といったところか。するとアブラハムは父で、感情にまかせる言葉は決して発しない。だが私が思うに彼だってやはり… 私は服従する息子にも心を揺り動かされた。苦悩の重圧のなかで見せる父への敬意、繊細なやさしい心。その完璧さはもっと素朴でもっと偉大な時代へと私を導いていった。

 私をあやめねばならないなら、ああ、お父様、

 なぜ、それをおっしゃらなかったのです?

 お母様を力のかぎり、嫌というほど

 抱きしめられたでしょうに…

 私を犠牲に献げるとき、お気をつけください、

 長衣の裾を私の血で汚さないように!

 お父様が家に戻られたとき、お母様は

 一瞬のうちに気づいてしまうでしょうから…

 

 とりわけ、物語の劇的展開をゆっくり進めていくイサクの歌詞が好きだった。この部分を聴くと胸が高鳴ってくる…

 同じ時期に、叔母の一人が大預言者ムハンマドの生い立ちをいろいろな語り口で話してくれたが、この時も似たような感情の昂りを覚えた…

 幻を見たばかりの大預言者は洞窟から戻ると、困惑のあまり「泣いてしまった」と、叔母はきっぱり言ったが、叔母もまた混乱していたのだろう。預言者の妻、ラッラ・ハディージャは夫を慰めようとその頭を「膝のうえに」のせた、と実際に見たかのように話したのだった。こんなふうに、いつも同じやり方で叔母はお話を終えた。一番最初のイスラーム教徒は女だった、おそらくムハンマド以前にもそうだった、どうぞアッラーの庇護がありますように、と! 歴史上初めて、「夫婦の愛の絆によって」女の人がイスラームの信仰に従ったのだと、いつも言っていた。

 勝ち誇ったような声で、叔母はこの場面を何度も何度も話してくれた。私は十歳か十一歳くらいだった。しかし突然、私は熱中できなくなってしまう。というのも、夫婦の愛情を表に出すなど西欧にしかあり得ないことだから。

 「預言者ってそんな人なの?」私はむっとして聞いた。「奥さんの膝のなかに頭をうずめるような男の人なの?」

 叔母は控えめにやさしく微笑んだ… 数年後、叔母がしてくれた別の話で、私もまた微笑むことになる。ハディージャに先立たれて数年後、ムハンマドはある状況のなかで不安を感ぜずにはいられなかった。死んだ妻の妹が彼の天幕に近づいてきた時、その足音も妻と同じだと気づいておおいに取り乱した。それはハディージャを思い出させた。大預言者はまたもや、涙を抑えることができなかった…

 叔母の話のこの履物の音を想像すると、私のなかに突発的にイスラームに対する欲求がわいてくるのだった。まるで恋愛のなかへ入っていくような、心を引っ搔くようなこのざわめき。想像すると胸が熱くなり、どんな冒瀆を冒してもよいと思うくらいに。(pp. 244-247)

Je me souviens combien ce savoir coranique, dans la progression de son acquisition, se liait au corps.

La portion de verset sacré inscrite sur les deux faces de la planche de noyer, devait, au moins une fois par semaine, après la récitation de contrôle de chacun, être effacée. Nous lavions la planche à grande eau comme d’autres lavent leur linge ; le temps qu’elle sèche semblait assurer un délai à la mémoire qui venait de tout avaler…

Le savoir retournait aux doigts, aux bras, à l’effort physique. Effacer la tablette, c’était comme si, après coup, l’on ingérait une portion du texte coranique. L’écrit ne pouvait continuer à se dévider devant nous, lui-même copie d’un écrit censé immuable, qu’en s’étayant, pause après pause, sur cette absorption…

Quand la main trace l’écriture-liane, la bouche s’ouvre pour la scansion et la répétition, pour la tension mnémonique autant que musculaire… Monte la voix lancinante des enfants qui s’endorment au sein de la mélopée collective.

 

Anonner en se balançant, veiller à l’accent tonique, à l’observance des voyelles longues et brèves, à la rythmique du chant ; les muscles du larynx autant que du torse se meuvent et se soumettent à la fois. La respiration se maîtrise pour un oral qui s’écoule et l’intelligence chemine en position d’équilibriste. Le respect de la grammaire, par la vocalise, s’inscrit dans le chant.

Cette langue que j’apprends nécessite un corps en posture, une mémoire qui y prend appui. La main enfantine, comme dans un entraînement sportif, se met, par volonté quasi adulte, à inscrire. « Lis ! » Les doigts œuvrant sur la planche renvoient les signes au corps, à la fois lecteur et serviteur. Les lèvres ayant fini de marmonner, de nouveau la main fera sa lessive, procédera à l’effacement sur la planche — instant purificateur comme un frôlement du linge de la mort. L’écriture réintervient et le cercle se referme.

Quand j’étudie ainsi, mon corps s’enroule, re-trouve quelle secrète architecture de la cité et jusqu’à sa durée. Quand j’écris et lis la langue étrangère : il voyage, il va et vient dans l’espace subversif, malgré les voisins et les matrones soupçonneuses ; pour peu, il s’envolerait !

 

Ces apprentissages simultanés, mais de mode si différent, m’installent, tandis que j’approche de l’âge nubile (le choix paternel tranchera pour moi : la lumière plutôt que l’ombre) dans une dichotomie de l’espace. Je ne perçois pas que se joue l’option définitive : le dehors et le risque, au lieu de la prison de mes semblables. Cette chance me propulse à la frontière d’une sournoise hystérie.

J’écris et je parle français au-dehors : mes mots ne se chargent pas de réalité charnelle. J’apprends des noms d’oiseaux que je n’ai jamais vus, des noms d’arbres que je mettrai dix ans ou davantage à identifier ensuite, des glossaires de fleurs et de plantes que je ne humerai jamais avant de voyager au nord de la Méditerranée. En ce sens, tout vocabulaire me devient absence, exotisme sans mystère, avec comme une mortification de l’œil qu’il ne sied pas d’avouer… Les scènes des livres d’enfant, leurs situations me sont purs scénarios ; dans la famille française, la mère vient chercher sa fille ou son fils à l’école ; dans la rue française, les parents marchent tout naturellement côte à côte… Ainsi, le monde de l’école est expurgé du quotidien de ma ville natale tout comme de celui de ma famille. A ce dernier est dénié tout rôle référentiel.

Et mon attention se recroqueville au plus profond de l’ombre, contre les jupes de ma mère qui ne sort pas de l’appartement. Ailleurs se trouve l’aire de l’école ; ailleurs s’ancrent ma recherche, mon regard. Je ne m’aperçois pas, nul autour de moi ne s’en aperçoit, que, dans cet écartèlement, s’introduit un début de vertige. (pp. 259-261)

 私は想い出す。コーランを順々に覚えていくことは何と身体に結びついていることか。

 少なくとも一週間に一度、胡桃材の書板の両面に聖なる章句の一部が書かれ、それを暗唱したか教師が確認したあと、その章句を消す。大人が下着や敷布を洗うように、私達は書板をたっぷりの水で洗う。板が乾くまでの時間は、とりあえず吞み込んだものをしっかり自分のものにする消化の時間のように思えた…

 身体を使うことで知識は指に、腕にしみこんでいく。書板を消すことは、口に入れたコーランの一部分をあとからゆっくり嚥下するようなものだ。コーランはそれ自体不変と考えられている書きものの写しだが、一度休んだらまた休みを置きゆっくり身体に浸透させることで、初めて私たちの前にその全体が明らかになっていくのだろう…

 蔓草のような文字を手がたどるとき、口は何度も音節を区切って発音し、記憶力と筋力の両方を緊張させる… 集団で繰り返す単調な旋律のさなかで、まどろみを始める子どもたちの執拗な声が上昇していく。

 

 たどたどしく章句を読みあげながら身体を揺らしバランスをとる。抑揚の強弱、長母音と短母音の区別、朗唱のリズムに気を配る。喉と上半身の筋肉は動くと同時に意志に従う。息づかいは口から出る言葉のために抑制され、知性の獲得は綱渡り師の姿勢で少しずつ先に進んでいく。

 私が学ぶこの言語は、意識的に姿勢を作る身体とその身体に支えられる記憶を必要とした。子供の手はスポーツの練習時のように大人と同じ意志をもって文字を書き始める。「め!」すると書板のうえで動く手が、同時に誦み手でもあり書き手でもある身体に文字を送り返す。つぶやき終えた唇を閉ざすと、手は再び板を洗い文字を消す――それはそっと屍衣に触れるような浄めのひととき。そしてまた文字が書かれ、円環は閉ざされる。

 こんなふうにしてコーランの言葉を学習するとき、私の身体は内部に螺旋を描き、何と神秘にみちた都市の構築物を、堅牢に聳える建築を見出すことか。外国語を読み書きするときには身体は旅をし、隣人や疑い深い女たちなどお構いなしに秩序を破壊する空間を行ったり来たりする。何かのはずみに飛んでいってしまいそうだ!

 

 これら二つの言語はその習得方法をまったく違えて同時進行しながら私のなかに根を下ろしていったが、年頃になるにつれて空間の二分割を経験することになる(私の場合、影よりも光を選ぶ父の選択がそれを解決した)。最終的な決定が関わっているなどとは思ってもいなかった。同じ年頃の娘たちが閉じ込められる牢獄のかわりに外部と危険を選んだのだ。この可能性は陰険なヒステリーすれすれまで私を追いつめていった。

 外ではフランス語を書き、話す。発する言葉にはいかなる生身の現実も反映されない。一度も見たことのない鳥の名を覚え、木の名を習ってもその木だと実際に分かるのに十年以上もかかった。地中海の向う側に行ってはじめてその匂いを嗅いだ花や草の名が何とたくさんあったことか。この意味で、どんな語彙も私にとっては欠如となり、謎など一つもないエキゾチシズムであり、他言すべきではない眼への屈辱のようなものを感じていた… 子どもの絵本の情景、絵のなかの子どもたちの姿は純然たる絵空事以外の何物でもなかった。フランス人の家庭の母親が娘や息子を学校に迎えに来る、フランスの町の通りを両親がごく自然に並んで歩く… こんなふうに学校の世界は、私の生まれた町の日常から、そして私の家族の日常から削除されてしまった。言葉が現実の何かを指すという役割が否認されてしまうのだ。

 そして私の意識は最も奥深い影のなか、アパルトマンの外へ出ることのない母のスカートにぴったりくっついて縮こまっていた。それ以外の他所に学校という活動の場があった。それ以外の場所に私の追求するもの、私のまなざしは定まっていった。この乖離が裂け目となって眩暈が始まるなどと私は、そして周囲の人間の誰も気づかなかった。(pp. 263-266)

Après cinq siècles d’occupation romaine, un Algérien, nommé Augustin, entreprend sa biographie en latin. Parle de son enfance, déclare son amour pour sa mère et pour sa concubine, regrette ses aventures de jeunesse, s’abîme enfin dans sa passion d’un Dieu chrétien. Et son écriture déroule, en toute innocence, la même langue que celle de César, ou de Sylla, écrivains et généraux d’une « guerre d’Afrique » révolue.

La même langue est passée des conquérants aux assimilés ; s’est assouplie après que les mots ont enveloppé les cadavres du passé… Le style de saint Augustin est emporté par l’élan de sa quête de Dieu. Sans cette passion, il se retrouverait nu : « Je suis devenu à moi-même la contrée du dénuement ». Si cet amour ne le maintenait pas en état de transe jubilatoire, il écrirait comme on se lacère !

 

Après l’évêque d’Hippone, mille ans s’écoulent au Maghreb. Cortège d’autres invasions, d’autres occupations… Peu après le tournant fatal que représente la saignée à blanc de la dévastation hilalienne, Ibn Khaldoun, de la même stature qu’Augustin, termine une vie d’aventures et de méditation par la rédaction de son autobiographie. Il l’intitule « Ta’arif », c’est-à-dire « Identité ».

Comme Augustin, peu lui importe qu’il écrive, lui, l’auteur novateur de « l’Histoire des Berbères », une langue installée sur la terre ancestrale dans des effusions de sang ! Langue imposée dans le viol autant que dans l’amour…

Ibn Khaldoun a alors près de soixante-dix ans ; après un face à face avec Tamerlan — sa dernière aventure —, il s’apprête à mourir dans un exil égyptien. Il obéit soudain à un désir de retour sur soi : le voici, à lui-même, objet et sujet d’une froide autopsie.

 

 

Pour ma part, tandis que j’inscris la plus banale des phrases, aussitôt la guerre ancienne entre deux peuples entrecroise ses signes au creux de mon écriture. Celle-ci, tel un oscillographe, va des images de guerre — conquête ou libération, mais toujours d’hier — à la formulation d’un amour contradictoire, équivoque.

Ma mémoire s’enfouit dans un terreau noir ; la rumeur qui la porte vrille au-delà de ma plume. « J’écris, dit Michaux, pour me parcourir. » Me parcourir par le désir de l’ennemi d’hier, celui dont j’ai volé la langue…

L’autobiographie pratiquée dans la langue adverse se tisse comme fiction, du moins tant que l’oubli des morts charriés par l’écriture n’opère pas son anesthésie. Croyant « me parcourir », je ne fais que choisir un autre voile. Voulant, à chaque pas, parvenir à la transparence, je m’engloutis davantage dans l’anonymat des aïeules !

 

Une constatation étrange s’impose : je suis née en dix-huit cent quarante-deux, lorsque le commandant de Saint-Arnaud vient détruire la zaouia des Beni Ménacer, ma tribu d’origine, et qu’il s’extasie sur les vergers, sur les oliviers disparus, « les plus beaux de la terre d’Afrique », précise-t-il dans une lettre à son frère.

C’est aux lueurs de cet incendie que je parvins, un siècle après, à sortir du harem ; c’est parce qu’il m’éclaire encore que je trouve la force de parler. Avant d’entendre ma propre voix, je perçois les râles, les gémissements des emmurés du Dahra, des prisonniers de Sainte Marguerite ; ils assurent l’orchestration nécessaire. Ils m’interpellent, ils me soutiennent pour qu’au signal donné, mon chant solitaire démarre.

 

La langue encore coagulée des Autres m’a enveloppée, dès l’enfance, en tunique de Nessus, don d’amour de mon père qui, chaque matin, me tenait par la main sur le chemin de l’école. Fillette arabe, dans un village du Sahel algérien… (pp. 300-302)

 ローマの占領から五世紀後、アウグスティヌスという名のアルジェリア人はラテン語で自伝を試みる。幼少時を語り、母への愛、内縁の妻への愛を打ち明け、若い頃の無軌道な恋愛を悔やみ、最後にキリスト教の神への情熱に身を焼き尽くす。そして彼はまったく悪意なしにカエサルヤスッラ、さらに「アフリカ遠征」を記した作家や回想する将軍たちが用いるのと同じ言語を磨きあげる。

 同じ一つの言語が征服者から同化された人々へとわたってゆく。無数の言葉が過去の屍体の山に覆いをかけたあとは、言語はしなやかに変貌をとげる… 聖アウグスティヌスの文体には神の探求の情熱が取り憑いている。この激情なしでは彼は何もまとっていないと感じただろう。「自分は何もない窮迫の国土になってしまった」と。もし、この神への愛をもって法悦のトランス状態を保てないならば、彼は自らを引き裂くように苦悩のうちに書いただろう!

 

 ヒッポ・レギウスの司教のあと、千年の月日が北アフリカに流れる。侵略の、占領の隊列、また隊列… バヌー・ヒラールによる壊滅的な破壊に象徴される決定的転換期から少し経って、アウグスティヌスと比肩すべき人物、イブン・ハルドゥーンが自伝をしたため、数々の偉業達成と瞑想の生涯を閉じる。

 革新的書物『ベルベル人史』の著者にとって、アウグスティヌス同様、祖先の地に流血の果てに居座った者の言語で書くということは何ら問題ではなかった! 愛と強姦のうちに強いられた言語であろうとも…

 イブン・ハルドゥーンは齢七〇になろうとしていた。チムールとの会見後――これが彼の最後の功績となる――、故国から遠いエジプトの地で死を迎える。その時突然、自分自身に戻りたいという欲求に身を任せるのだ。自分で自分を冷徹に解剖してゆくことになる。

 

 

 私はと言うと、ごくありきたりな文を書いていても、その隙間に対立する二つの人々の昔の戦争の余韻が忍び込む。私の書きものはオシログラフのように、戦争のイマージュ――征服であっても解放であっても思いつくのはついこの前の戦争だ――から、矛盾したどっちつかずの愛の表現へと揺れ動く。

 私の記憶は黒い腐植土のなかに潜り込む。それはざわめきに乗り、手にするペンの届かないところに錐で穿つような穴をあける。「私は私自身を踏破するために書く」とミショーは言っている。昨日の敵の、私が言語を盗んだ相手の欲望をもって自分を踏み歩くこととは…

 敵の言語で記された自伝はフィクションのように織られてゆく。少なくとも、書くことによって息づいた死者たちが忘却されまいと、効かない麻酔をかけ続けている限りは。

 「私自身を踏破するために」と信じていたのに、結局はもう一枚の別のヴェールを選んでいるだけだ。人の眼に見えない透明さを獲得しようとして、歩けば歩くほど祖母たちの無名の深みに吞み込まれてゆく!

 

 奇妙な事実を確認しなくてはならない。私は「一八四二年」に生まれた。サンタルノー指揮官が私の出身部族、ベニ・メナーセルの修道場ザーウィヤを破壊しに来て、そこで今はない果樹園やオリーヴの林にうっとりしながら、「アフリカの地で最も美しいところ」と兄への手紙に記した時に。

 この焼き討ちの火の輝きのおかげで、一世紀後に私はハーレムから出ることができた。この火は今なお私を照らし、話す力を与えてくれる。自分の声を聞くまえに、ダフラの洞窟に閉じ込められた人々の、サント・マルグリット島の囚人の喘ぎとうめき声が聞こえてくる。彼らは欠くべからざるオーケストラの演奏を支えてくれる。私に呼びかけ励ましてくれる。そしてひとたび合図が出れば、私の独唱が始まるのだ。

 

 いまだ凝固したままの「他者」の言語は、幼年時代から私をネッソスのチュニックでくるんだ。それは、毎朝私の手をつなぎ学校へ行く父の愛の贈り物。アルジェリア、サヘルのある村に住むアラブ人の女の子…(pp. 308-310)